Mémoires d'Hadrien

En 1951, Marguerite Yourcenar publie chez Plon un ouvrage en chantier sous différentes formes depuis environ un quart de siècle, auquel elle a travaillé de manière plus systématique depuis 1948: Mémoires d'Hadrien, qui va lui assurer la célébrité. Elle y donne la parole à l'empereur romain  du second siècle de notre ère, qu'elle imagine écrivant une longue lettre au futur Marc Aurèle, qu'il a choisi comme héritier par-delà Antonin. 

À l'issue de la seconde guerre mondiale, Marguerite Yourcenar croit à la possibilité d’une reconstruction équilibrée du monde. Elle établit un parallèle entre la guerre parthique de Trajan et la seconde guerre mondiale. De la même façon qu’après les glorieux échecs de Trajan Hadrien a reconstruit, de la même façon elle espère que le monde pourra retrouver équilibre et ordre harmonieux après les massacres de 1939-1945. Elle ne se tourne donc pas vers le passé pour oublier le présent, mais elle l’y retrouve, comme avec le mythe, décanté, dans sa dimension universelle. 

Marguerite Yourcenar utilise de manière rigoureuse les sources antiques et les textes critiques pour donner de l’empereur une vision, qui, dans l’ensemble, est tout à fait vraisemblable et correspond, somme toute, à ce qu’une approche scientifique peut cerner du personnage historique, même si on décèle certaines affinités entre l’auteur et l’empereur : goût pour le beau, sens de l’indépendance, passion des voyages, bisexualité. Certains rapprochements sont dessinés avec le présent, de manière anachronique, mais c’est pour mieux souligner la parenté entre l’Antiquité et nous : ainsi Hadrien pense à un état à venir du monde, centré sur l’Occident, comme s’il pressentait cette Amérique qui ne sera découverte par les européens que plus d’un millénaire plus tard. Marguerite Yourcenar fait, en réalité, d’Hadrien l’incarnation d’une sagesse universelle : non seulement il représente un idéal de gouvernement éclairé et lucidement pacifique, mais encore, du point de vue individuel, la maîtrise de soi au milieu des malheurs de la vie, comme la mort d’Antinoüs ou la guerre de Judée. La sagesse d’Hadrien n’est pas une sagesse figée, mais une sagesse qui se conquiert : un « humanisme qui passe par l’abîme ». 

Apostrophes : Marguerite Yourcenar "Mémoires d'Hadrien" | Archive INA

« Animula, vagula, blandula », La Table Ronde, 43, juill. 1951, p. 71-84.

« Tellus stabilitata » [sic], La Table Ronde, 45, sept. 1951, p. 36-59.

« Varius, multiplex, multiformis », La Table Ronde, 44, août 1951, p.94-118.

« Carnet de notes des Mémoires d’Hadrien », Mercure de France, 316, 1071, nov. 1952, p. 415-432.

« Comment j’ai écrit Mémoires d’Hadrien », Combat, 17 mai 1952.

 Mémoires d’Hadrien, Paris, Plon, 1951, 319 p.

Mémoires d’Hadrien, Paris, Le Club du Meilleur Livre, 1953, coll. Le visage de l’histoire

Mémoires d’Hadrien, Paris, Plon, 1955, 319 p.

Mémoires d’Hadrien, Paris, Club des Librairies de France, 1956, coll. Fiction, 39.

Mémoires d’Hadrien, Paris, Le Livre de Poche, 1957, n° 221-222.

Mémoires d’Hadrien, Paris, Plon, 1958, 329 p. (avec Carnet de Notes)[éd.rév.].

Mémoires d’Hadrien, Lausanne, La Guilde du Livre, 1959, 256 p.

Mémoires d’Hadrien, Paris, Plon, 1962 (1966), 358 p., coll. Nouvelle Bibliothèque Française.

Mémoires d’Hadrien, Paris, Le Club Français du Livre, 1963, 289 p., coll. Romans, 282.

Mémoires d’Hadrien, Paris, Gallimard, 1971, 354 p. [éd. rév.].

Mémoires d’Hadrien, Paris, Le Livre de Poche, 1973, n° 221.

Mémoires d’Hadrien, Paris, Gallimard, 1973 (1974), coll. Blanche.

Mémoires d’Hadrien ; suivi de « Carnets de notes de Mémoires d’Hadrien », Paris, Gallimard, 1977, 364 p., Folio, 921.

Mémoires d’Hadrien, Paris, Gallimard, 1980.

Mémoires d’Hadrien, Paris, France-Loisirs, 1981.

Mémoires d’Hadrien, in Œuvres romanesques, Paris, Gallimard, 1982 (19882 ; 19913), 1243 p. La Pléiade, 303.